Sapiens

Chasser dans la jungle urbaine, croiser, laisser passer, photographier, encrer, découper, installer, épingler, étiqueter cent passants. Comme une espèce en voie de disparition : l'humanité !

LOrka

Si nous retournons dans le passé de l’artiste et nous en tenons aux faits et à sa personnalité propre en tant que Personne Humaine, nous voyons que nous avons là une artiste sensible depuis toujours aux attitudes humaines, qu’elle aime contempler, analyser, schématiser, et qui -peut être- est fascinée par cette observation, plus que par une quelconque explication des gestes observés. Cette artiste là regarde et constate avant toute chose, et peut être son propre regard, et l’image qui en découle, est –il lui aussi un sujet d’études et d’observation.

Il est bien connu que, parfois, l’observateur influence l’expérience, et dans ce cas, on peut se dire que l’expérience porte aussi bien que l’observation proprement dite que sur l’objet observé.

 

Quoi qu’il en soit –et c’est là je pense un élément important- son regard est toujours un regard extérieur. Cette artiste là observe à distance, elle ne fait pas partie de la foule qu’elle scrute, et elle regarde de loin les gens dont elle fait des clichés.

L’humanité observée est donc toujours une humanité « autre », et l’autre est bien souvent une image déformée de soi –même, sinon une pure interprétation sujette à sa propre manière de voir les choses. Peut être dans notre cas, l’artiste a-t-elle une conscience profonde de la déformation qui résulte de l’observation personnelle, et cette déformation fait peut –être partie de son travail même.

 

Par ailleurs, l’artiste a une âme de collectionneuse, et se refuse à jeter. Elle essaie de manière naturelle, spontanée, de conserver des traces, de collecter les objets, de les ramasser puis de les amasser. Comme tout collectionneur, le Chaos la guette, la perte d’objets est un risque toujours présent. Il y a donc un besoin réel de structurer les choses, de classifier les objets, les événements, d’ordonner, aligner, ordonnancer de manière précise.

Certaines personnes naturellement très désordonnées sont alors fascinées par le classement des choses, par un ordre à créer dans un monde tourbillonnant et instable.

De là à penser que l’art peut aussi être une manière de structurer sa vie, il n’y a qu’un pas.

 

L’entomologiste épingle les choses mortes, l’artiste voit la vie dans l’épingle même, et fait que celle –ci donne du mouvement, crée des directions, parodie ou ressuscite la vie et ses pulsations.

Certains insectes disparus n’existent plus que dans une boite… l’écrin est alors devenu le dernier souvenir, la dernière trace concrète de son existence.

 

L’artiste pourchasse l’Humanité avec son appareil photo, elle en nourrit son art, en fait sa matière première, son médium de création. Petits humains simples, fragiles, menus, tous différents donc tous semblables…

Nous avons bien tous une place dans ses boites. Et si pas nous, du moins nos images, nos ombres, nos reflets, ou l’ombre même de ces ombres figées dans le temps, flottant dans les airs sans se poser nulle part. Pourtant encore étrangement vivantes.

 

L’Humain grouille partout, comme dans une fourmilière. Mais l’Humanité, dans nos Cités d’Orgueil de verre et d ‘Acier, ne serait –elle pas en voie de disparition, sans aucun endroit ou se réfugier ?

Si c’est le cas, son ombre reposera dans les écrins de l’artiste.

 

MB

Piquant! Combien faut-il de pointes pour les collectionneurs d'humanité? A moins que le but soit tout autre? Pourrait-il s'agir d'ensorcellement? En tout cas ce travail invoque bien des pensées et c'est tant mieux.

Thought provoking artistic representation of a Humanity in evolution. Like a naturalist, pressed by the rapid changes that she observe, the artist seems to try to assemble a museum collection. However the sheer number of pins that she uses, as in a coordinated frenzy, evokes a hidden intention. 
Was she murmuring some kind of incantation while realising these pieces? Has she consciously or not, established some kind of voodoo link between the representation and the represented?

Eric Scarfone CRNS Montpellier

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